Grand Atlas Historique – Edition 2011

Extrait

A. LES ORIGINES DE L’HOMME

A. Les données de la paléontologie, de l’éthologie et de la biochimie ont conduit à placer les grands singes africains (gorilles et chimpanzés), les australopithèques, les hommes et leurs ancêtres dans la même famille zoologique, celle des hominidés. Les découvertes les plus récentes confirment l’origine est-africaine des hominoïdes (lignée de l’homme et des grands singes d’Afrique et d’Asie), à l’oligocène supérieur (entre 30 et 25 millions d’années). Au début du miocène (entre 23 et 18 millions d’années), ils se répandent dans toute l’Afrique, mais ceux d’Afrique orientale (proconsul du Kenya, par exemple) restent les mieux connus. Entre 18 et 15 millions d’années, le climat des régions orientales de l’Afrique devient beaucoup plus sec et conduit au remplacement des forêts tropicales denses par une végétation plus clairsemée. Cet assèchement favorise dans un premier temps la diversification des hominoïdes (afropithèque [18-16 millions d’années] puis kenyapithèque [16-13 millions d’années] au Kenya, morotopithèque [18-16 millions d’années] en Ouganda, otavipithèque [13-12 millions d’années] en Namibie). Mais entre 15 et 8 millions d’années, l’assèchement s’accentue encore et entraîne probablement la migration vers l’Eurasie des descendants du kenyapithèque. Sur ce territoire vaste et hétérogène, qui s’étend sur toute la frange méridionale de l’Europe à l’Asie orientale, les hominoïdes se diversifient de manière considérable au miocène supérieur, donnant les dryopithèques, l’oréopithèque et l’ouranopithèque en Europe, et les sivapithèques, lointains ancêtres des actuels orangs-outans, en Asie. Tous ces primates ont été, à tour de rôle, candidats au titre d’ancêtre de l’homme, mais ces hypothèses ont été abandonnées. Dans le même temps, les hominoïdes restés en Afrique connaissent un déclin marqué. Le samburupithèque, du début du miocène supérieur [11-7,5 millions d’années] est le seul hominoïde bien identifié. Il y a 8 millions d’années environ, la grande faille qui correspond aux vallées du Rift subit une phase de déformation qui entraîne l’élévation des hauts plateaux d’Afrique de l’Est, créant ainsi une barrière qui bloque l’arrivée des pluies venant de l’ouest. Cette barrière climatique est la cause de la divergence entre la lignée de l’homme et celle des grands singes africains actuels, entre 7,5 et 5 millions d’années : dans l’Ouest africain, les ancêtres des chimpanzés et des gorilles vivent dans la forêt tropicale, tandis qu’à l’est du Rift, de l’Éthiopie à l’Afrique du Sud, les primates doivent s’adapter à un environnement de savanes arborées sèches, et donnent naissance aux australopithèques. Malheureusement, les restes fossiles de cette période consistent en tout et pour tout en un minuscule fragment de mandibule et une dent ! En outre, ce scénario désormais classique proposé par le français Y. Coppens en 1983, doit être tempéré par la découverte en 1995 d’un australopithèque de plus de 3 millions d’années {Australopithecus bah-relghazali) au Tchad, c’est-à-dire 2000 km à l’ouest du Rift ! En l’état actuel des connaissances, le plus ancien australopithèque connu est Australopithecus anamensis, découvert à Kanapoi et Allia Bay (Kenya) en 1994, et dont l’âge est estimé à 4,1 millions d’années. Bien qu’encore très primitif, il semble indiscutablement engagé sur la lignée de l’homme. Un autre hominidé découvert en 1992 sur le site d’Aramis, en Éthiopie (Ardipithecus ramidus) est plus ancien (4,4 millions d’années) mais sa position est encore très discutée : il peut s’agir d’un ancêtre des chimpanzés, ou d’un primate précédant la séparation hommes/ grands singes. Quoi qu’il en soit, l’acquisition de la bipédie est certainement antérieure à cette séparation. La locomotion caractéristique du chimpanzé et du gorille, qui se déplacent en s’appuyant sur les phalanges repliées des doigts de la main, atteste d’un retour – secondaire – à une locomotion quadrupède chez un ancêtre à l’origine plus bipède. L’espèce Australopithecus afarensis (3,8 à 3,5 millions d’années), rendue célèbre par le squelette de Lucy, découvert en 1974 dans le Hadar (Éthiopie), est remise en question. Les spécimens rapportés à cette espèce semblent en fait appartenir à 2 espèces distinctes, l’une plus bipède, l’autre (incluant Lucy) ayant conservé de nettes aptitudes à la vie arboricole. Les célèbres empreintes de pas découvertes à Laetoli en Tanzanie en 1978 (3,8 millions d’années), appartiendraient ainsi à la première espèce, que certains ont placée dans un nouveau genre Praeanthropus, et qui serait le véritable ancêtre du genre Homo. La très récente découverte du squelette extrêmement bien conservé d’un «australopithèque» daté de 3,3 millions d’années, chez lequel la morphologie du pied est beaucoup plus moderne que chez Lucy, renforce cette hypothèse.

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